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11 juin 2012

Bienséance

« Un Kenzo noir en lin ». Quand sa sœur est morte, Mika se voyait déjà, le regard et l’allure de circonstance dans un  magnifique costume en lin noir ! Et il se ravissait de l’occasion d’encore une fois pouvoir se déguiser en gravure de mode. Pas que ça prit plus d’importance que c’en aurait dû  avoir, mais si tout de même… ça lui traversait l’esprit et ça ne faisait pas que le traverser…ça stagnait dans des détails tous aussi byzantins les uns que les autres. Tant est si bien qu’il s’en voulait un peu de reléguer au second plan des trucs… primordiaux. Des trucs comme par exemple la mort de sa sœur.

The D-Day, alors que le corps et la boite disparaissaient dans les flammes, derrière des tentures prévenant tout type de malaises, gesticulations, crises en tout genre, bref, humanité débordante, et ce, sous une musique choisie expressément par la défunte : « I feel all right » (la version des Stooges pas celle des Damned, elle avait de la mesure dans ses excès), Mika regrettait de ne pas avoir su activer  sa Mutuelle afin que celle-ci pût lui fournir les Police dont il rêvait. Bah ! Ses Ray-ban n’avaient qu’un an, après tout…

La foule en pleurs et à moitié sourde se donna rendez-vous l’après-midi pour la « Jetée », « Dépose », « Dispersion » des cendres dans le « jardin des souvenirs ». Entre temps, une petite « réception » chez les parents permettrait de refaire connaissance, de refaire l’histoire, de refaire la vie et occasionnellement de frimer dans un costume en lin noir.

« - J’aimais beaucoup votre sœur. D’abord pour le domaine que j’enseigne, le Français, ensuite, comme personne, c’était une fille imprévisible, sauvage, attachante… Dans cette histoire de suicide, ce qui me chagrine le plus, c’est qu’elle ait détruit son visage. Il faut avoir de la détermination pour dégoupiller une grenade en enserrant le culot d’icelle de ses propres quenottes. Qu’elle avait si régulières d’ailleurs.

- Comme vous dites… Elle s’est bel et bien fait sauter le caisson… »

Il pensa d’abord que son costume en lin faisait l’effet escompté. Puis, se ravisant, il découvrit que la prof de Français qui lui adressait la parole n’y voyait goutte. Aveugle comme Ray.

« Puis-je vous toucher le visage ? Je sais, cela peut paraitre un tantinet cavalier, mais vous savez, les bouts de mes doigts sont mes antennes. On m’a menée à vous. Je sais que vous êtes le frère de Laure. Je tenais à vous rencontrer. »

L’autre, sans coup férir, se fit tripoter le contour des lèvres, les paupières, les ailes du nez, les tempes, les joues, la naissance du cuir chevelu, les lobes, comme s’il se faisait lire l’âme.  Elle ne le gifla pas lorsqu’après avoir récupéré un monstrueux paquet de cyprine de dessous sa jupe, il lui enfourna les doigts dans la bouche.

Arc-de-cercle. Fosse. Fleurs. Exagérées touches alizarines. Vent de Nord-Est/Sud-Ouest. Il pleut. Des seaux ! On « jette », « dépose », « disperse » les cendres. Le lin teinté tique.

 

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Commentaires
L
... que ça se veut un tantinet comique... c'est fiu une prof de Français, 24/24 sur le dos... Je pense avoir trouvé son prénom : "Machine", c'est bien ça ? non ? "Machine" ?<br /> <br /> Bisoustoutazimutés.
M
Autant j'aime le présent pour sa sensation de vie immédiate, autant j'éprouve quelques difficultés avec le passé si simple soit-il, à me l'approprier... j'ai du faire un blocage psycho-moteur à l'élément-terre hihihi :-D<br /> <br /> J'admets son utilité, mais une partie de ma compréhension la juxtapose à l'humour, je ne sais trop pourquoi... <br /> <br /> Le lin mouillé doit rétrécir ma capacité à l'entendement... Mais, là à vrai dire j'ai plutôt envie de te taquiner pour en savoir ++<br /> <br /> Et en finalité? Mademoiselle Prof de Français, serait-elle une Serial-lover...<br /> <br /> Bisouétoilé....
L
... Deux strophes, paires et passent, comme ces gens qu'on invente et qui continuent à vivre de façon autonome ou qu'on marionnettise... Je cherche un prénom pour la "prof de Français", parce que ça commence à me paraitre long à écrire, "Prof de Français"...<br /> <br /> <br /> <br /> Bisous-paella-bon Ap Hina Mea. <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Baisser la garde, ce fut fait. Que pouvait-il se passer d’autre que de se retrouver quasiment nu sous ce déluge ? D’un flambant neuf, d’un rayonnant noir éclatant, éblouissant tout ce qui pouvait servir, de près ou de loin, à un organe susceptible de produire du regard de s’émouvoir, le focus se figeait désormais sur le pitoyable Mika. Il n’était plus maintenant que… soupe.<br /> <br /> <br /> <br /> « Le lin craint l’eau », chuchota-t-elle. <br /> <br /> Elle avait apparemment le chic pour trouver la formule idoine, la Prof de Français. N’eût été le lieu, il s’en serait payé une longue, interminable, ensoleillée route jalonnée de bornes anti-kilométriques de rires… Que même leurs vitesses, leurs intensités et leurs répercussions n’eussent pu avoir l’heur d’être ni calculées, ni soupçonnées…Evidemment.
M
Ce qui sort du convenu, ce qui n'est pas du domaine de la domestication devrait être vécu comme quelque chose de honteux ? Parce ce sont des interdits qu'on nous enseigne dès le premier souffle... C'est effrayant !!! Tous moulés dans la même matrice... Hé bien, je revendique !!! <br /> <br /> C'est là que se situe l'intérêt d'apprendre de l'autre et je sais que je te rejoins sur ce point... ça laisse une infinitude de choix dans l'expression au sens large ... J'ai pour cela insisté sur le fait que c'était un "raffinement", assez imbuvable, car le regard jugeur du public est un automatisme prévisible, qui nous fait souvent culpabiliser en intimité, ça inhibe le révélateur du moi... Mais lui il s'en moque !! Comme un grand éclat de rire expulsé par la pensée qui associerait un feu d'artifice au crépitement d'une crémation... <br /> <br /> <br /> <br /> Ensuite ta construction colle à ton style, jouant à saute-mouton avec des brèves en saccades, avec du détail inattendu, où l’œil s'attarde, quelques images tronquées « Ray » ou pensées à tiroirs, elle impose un rythme de lecture auquel effectivement on doit s'habituer, attraper au lasso le fil conducteur, mais c'est son charme, tu sais comme quand on plonge et qu'à chaque fin de cycle on sort la tête de l'eau pour récupérer un peu d'air et puis continuer... Comme des histoires dans Une histoire... Pis pour le reste j'ai déjà trop bavassé au-dessus pour ma petite comprenette de poisson rouge... <br /> <br /> Je te bise mon Lô <br /> <br /> Bon, ben je reprendrai bien une tite nouvelle moi, pour mon désert...<br /> <br /> <br /> <br /> L'effet harmonique du "lin tinté tique" me harcèle... Ha les allitérations ont ce pouvoir qu'elles te gravent un sillon dans la cabeza... je te dis pas !! "Le lien tinté tique", le rien pince épique, le rein patte et hic... Tiens ça râpe hèle kikin !!! AR-d-N sort de ce corps !!! hihihihihihihi
L
« Priorités » était le titre initial. Je voulais parler un peu de cette honte, de ce désappointement que l’on ressent parfois à ne pas être au diapason des ressentis face à une situation. Rire, pleurer quand il ne faut pas. « Initial », quelle est l’émotion originelle ? Standardiser la mort. La surprise est facteur de révélations. J’aime passer, en matière d’écriture, du coke à light car les transitions sont tellement source de prévisions, qu’à peine amorcées, elles rompent déjà le rythme, déséquilibrent, endorment presque. Et ce presque, à la lecture, est une camomille agréable, parfois… Tout dépend des attentes et de la prédisposition à la Lecture. Je pense, a posteriori, avoir écrit ce machin pour me secouer l’Ecriture longue. La concision de la Poésie, des tiques d’écriture m’ont fait paginer et construire ce truc comme une succession de strophes. Quelque part, ça me chagrine. Je ne vais pas me faire exploser une grenade en l’enserrant entre les dents, mais je prends note. <br /> <br /> Que disais-je ? Ah oui, la fin… Abrupte. ‘ffectivement. Juste pour le cliquetis de « Le lin teinté tique ».<br /> <br /> Oui, « questionnement ». Heureusement, que tu m’éclaires un peu ;-)<br /> <br /> Baisers-crevettes-sauce Brasil.
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